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    HMS Warrior, la révolution de fer.

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    Christophe Melot
    Christophe Melot

    Ptestortsmouth, été 2024. C'est lors d'une visite au Historic Dockyard que j'ai enfin pu monter à bord du HMS Warrior, ce navire dont j'avais tant entendu parler. Amarré à quelques encablures du Victory de Nelson, ce géant de fer noir contraste étonnamment avec les lignes classiques des vaisseaux en bois qui l'entourent. Et pour cause, le Warrior incarne à lui seul la rupture technologique la plus brutale qu'ait connue l'architecture navale.

    Une réponse à la menace française

    En 1858, l'Amirauté britannique apprend avec inquiétude que la France construit en secret La Gloire, premier cuirassé au monde. La réponse ne se fait pas attendre. Sous l'impulsion de John Pakington, Premier Lord de l'Amirauté, les plans du Warrior sont lancés. Isaac Watts et Joseph Large, deux ingénieurs peu connus du grand public mais dont le génie allait bouleverser l'art naval, conçoivent un navire révolutionnaire. Mis sur cale aux chantiers Thames Iron Works de Blackwall en 1859, le Warrior est lancé le 29 décembre 1860, dans un hiver si rigoureux que les installations du chantier étaient prises par les glaces.

    Un géant de fer

    Les caractéristiques du navire sont impressionnantes : 128 mètres de long pour une largeur de 18 mètres, un déplacement de 9 210 tonnes. C'est alors le plus grand navire de guerre au monde après le Great Eastern. Mais ce qui frappe surtout, c'est sa construction entièrement métallique. La coque en fer, d'un poids de 4 800 tonnes, est protégée par un blindage de plaques de fer forgé de 114 millimètres d'épaisseur, adossées à 457 millimètres de teck destinés à absorber les chocs. Ce blindage s'étend sur 65 mètres au milieu du navire, formant une citadelle qui protège l'artillerie et les machines. Chaque plaque pèse environ 4 tonnes et mesure 4,5 mètres sur 90 centimètres.

    L'armement du Warrior témoigne également de cette période de transition : 26 canons de 68 livres à chargement par la bouche côtoient 10 canons de 110 livres à chargement par la culasse et 4 pièces de 40 livres. Sa puissance de feu équivaut à celle de deux vaisseaux de ligne traditionnels, soit cinq fois celle du Victory construit un siècle plus tôt.

    Entre voile et vapeur

    La propulsion illustre parfaitement le passage d'une ère à l'autre. Le Warrior conserve un gréement complet à voiles carrées sur trois mâts, développant 4 500 m² de toile. Mais il dispose également d'une machine à vapeur Penn de 5 267 chevaux alimentée par 10 chaudières, lui permettant d'atteindre 14 nœuds à la vapeur seule, 13,75 nœuds à la voile, et plus de 17 nœuds en mode mixte. L'hélice de 7,5 mètres de diamètre pouvait être hissée hors de l'eau lors de la navigation à voile pour réduire la traînée, et les cheminées télescopiques s'abaissaient pour ne pas gêner la manœuvre des voiles. Toutefois, la machine consommant 11 tonnes de charbon à l'heure, les voiles restaient indispensables pour traverser l'Atlantique.

    La visite du HMS Warrior

    Monter à bord du Warrior aujourd'hui, c'est se confronter à cette dualité fascinante. On découvre d'abord les ponts en bois de teck, impeccablement entretenus, qui résonnent sous les pas comme sur n'importe quel navire traditionnel. Puis le regard se porte sur les enfilades de canons, les membrures de fer rivetées, les coursives métalliques. L'équipage de 705 hommes vivait dans des conditions à peine meilleures que du temps de Nelson : les matelots dormaient toujours dans des hamacs sur le pont de batterie, tandis que les officiers bénéficiaient de cabines à l'arrière. Les chauffeurs, qui alimentaient les chaudières dans une chaleur de 43°C, recevaient heureusement une prime substantielle.

    Parcourir le pont-batterie permet d'apprécier l'organisation rationnelle des espaces : la citadelle blindée protège les pièces vitales du navire, tandis que les extrémités avant et arrière, non protégées, restent vulnérables au feu rasant. La salle des machines, impressionnante, expose la machinerie Penn dans toute sa complexité. Les cabines des officiers, à l'arrière, témoignent d'un certain confort avec leur mobilier d'acajou et leurs cloisons ornées.

    Une carrière courte mais mouvementée

    Le paradoxe du Warrior, c'est qu'il est devenu obsolète avant même d'avoir combattu. Sa supériorité était telle qu'aucun adversaire ne s'y est jamais risqué. En 1866, le HMS Devastation, premier cuirassé sans gréement, annonce déjà une nouvelle révolution. En 1883, le Warrior entre à Portsmouth pour la dernière fois sous vapeur et est désarmé. S'ensuit alors une longue errance : dépôt de torpilles en 1901, navire-atelier pour l'école de torpilleurs Vernon entre 1904 et 1923 (où il est rebaptisé Vernon III), puis ponton pétrolier au Pays de Galles de 1929 à 1979 sous le matricule C77.

    Renaissance d'un géant

    C'est en 1979 que débute sa renaissance. Grâce au mécénat de Sir John Smith, une restauration monumentale de huit ans et 7 millions de livres sterling lui rend son apparence de 1861-1864. Le 16 juin 1987, il rejoint Portsmouth comme navire-musée. Aujourd'hui, une équipe dédiée de gréeurs, conservateurs et charpentiers veille quotidiennement sur ce témoin exceptionnel de l'ère victorienne.

    La visite du Warrior offre une expérience unique, celle de se tenir au seuil de deux mondes. On y voit encore les derniers feux de la marine à voile, avec ses enflêchures, ses vergues et ses kilomètres de cordages. Mais on y pressent déjà l'avènement de la marine moderne, celle des cuirassés d'acier et des turbines. C'est ce moment de bascule, figé dans le fer et le teck, qui fait du Warrior un navire absolument fascinant.

    Le site officiel du HMS Warrior : Consulter la page

    Bonne visite !

    La visite du HMS Warrior

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